Une société étrangère peut créer un établissement stable en Espagne avant même d’avoir constitué une filiale espagnole, signé un bail ou ouvert une succursale formelle. Le risque apparaît souvent plus tôt : un dirigeant qui travaille depuis l’Espagne, un agent local qui conclut effectivement des ventes, un entrepôt utilisé pour des commandes espagnoles, un chantier ou une installation qui dure plus longtemps que prévu, ou des décisions de direction prises depuis le territoire espagnol.
Pour un groupe international, ce n’est pas une simple étiquette technique. Si l’Agencia Tributaria considère que l’activité espagnole constitue un establecimiento permanente, la société peut devoir s’immatriculer fiscalement en Espagne, tenir une comptabilité séparée, déposer des déclarations proches de l’impôt sur les sociétés, effectuer des paiements fractionnés, documenter les prix de transfert et revoir son traitement TVA. Si le plan commercial dépasse déjà les ventes occasionnelles vers l’Espagne, cette analyse doit accompagner la décision de constituer une société espagnole, d’enregistrer une succursale ou de maintenir l’activité hors d’Espagne avec des contrôles documentés.
Ce guide s’adresse aux fondateurs étrangers, directeurs financiers, groupes familiaux et sociétés non espagnoles qui envisagent une entrée prudente en Espagne. Ce n’est pas une présentation générale de la création d’entreprise. C’est un checklist de risque pour déterminer quand l’activité espagnole devient visible fiscalement.
Pour une première lecture rapide, le Spain permanent establishment risk checker peut aider à identifier les faits qui méritent une analyse juridique complète. L’outil est en anglais, mais les critères de risque restent utiles pour préparer le dossier.
Dernière mise à jour : 23 mai 2026 · Sur la base des orientations actuelles de l’AEAT, de la loi espagnole sur l’impôt des non-résidents, des conventions fiscales espagnoles et des règles européennes sur l’établissement fixe en matière de TVA.
Points clés en un coup d’oeil
- Le test espagnol interne est large. Un établissement stable peut naître de locaux ou lieux de travail continus ou habituels, d’un agent dépendant ayant pouvoir de contracter, ou de travaux de construction, d’installation ou de montage de plus de six mois.
- La convention doit être lue. Les conventions fiscales espagnoles utilisent souvent une définition plus proche du modèle OCDE, mais l’article applicable doit être vérifié pays par pays.
- L’établissement stable n’a pas de personnalité juridique propre. Ce n’est pas une filiale espagnole, mais une présence fiscale espagnole de la société étrangère.
- La TVA suit une analyse distincte. L’établissement fixe de TVA dans l’UE dépend de la permanence et des moyens humains et techniques. Un numéro de TVA ne suffit pas à lui seul.
- Le vrai risque est le timing. La revue doit intervenir avant l’embauche, l’autorité de signature, la mobilisation d’un projet, le stockage de marchandises ou l’onboarding habituel de clients espagnols.
Pourquoi le risque d’établissement stable apparaît avant la constitution
Les sociétés étrangères pensent souvent que la question fiscale espagnole commence uniquement lorsqu’elles constituent une Sociedad Limitada ou enregistrent une succursale. C’est une hypothèse dangereuse. Le régime espagnol de l’impôt sur le revenu des non-résidents regarde l’activité réellement exercée en Espagne, pas seulement la forme juridique choisie par le groupe.
Selon l’article 13.1.a de la loi espagnole consolidée sur l’impôt des non-résidents et les orientations publiées par l’AEAT, une société non résidente agit par établissement stable lorsqu’elle dispose en Espagne, à quelque titre que ce soit, d’installations ou de lieux de travail où elle réalise tout ou partie de son activité de manière continue ou habituelle, ou lorsqu’elle agit en Espagne par l’intermédiaire d’un agent autorisé à contracter au nom et pour le compte du non-résident et que cet agent exerce habituellement ces pouvoirs.
L’analyse est donc factuelle. Une entreprise peut être légalement constituée à l’étranger et avoir tout de même une exposition fiscale en Espagne. À l’inverse, une filiale espagnole ne devient pas automatiquement un établissement stable de sa société mère étrangère au seul motif qu’elle appartient au même groupe. Le travail consiste à examiner l’empreinte espagnole : personnes, locaux, pouvoirs, contrats, stock, durée des projets, direction et comportement face aux clients.
La première question n’est pas “avons-nous ouvert une société espagnole ?”. C’est “quelle partie de l’activité de la société étrangère est maintenant réalisée depuis l’Espagne, et par qui ?”.
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Le test fiscal espagnol : trois voies principales
La définition espagnole interne contient plusieurs exemples, mais la plupart des dossiers de sociétés étrangères entrent en pratique dans trois voies : un lieu fixe, un agent dépendant ou un projet qui dépasse le seuil de construction ou d’installation.
1. Lieu fixe ou lieu de travail habituel en Espagne
L’AEAT cite les sièges de direction, succursales, bureaux, usines, ateliers, entrepôts, magasins, mines, puits de pétrole ou de gaz, carrières, exploitations agricoles et d’élevage, ainsi que d’autres lieux d’exploration ou d’extraction de ressources naturelles comme exemples d’établissements stables. La liste ne se limite pas aux bureaux formels. L’expression espagnole instalaciones o lugares de trabajo de cualquier índole est plus large que ce que beaucoup de conseils d’administration étrangers imaginent.
Le risque ne dépend pas seulement de l’existence d’un bail. Il dépend de l’utilisation d’un lieu espagnol par la société étrangère, avec une continuité suffisante et un lien suffisant avec son activité. Un espace de coworking utilisé occasionnellement par des dirigeants en déplacement n’est pas comparable à un bureau espagnol utilisé chaque semaine par un country manager qui coordonne les ventes, le personnel et la livraison.
2. Agent dépendant ayant pouvoir de contracter
Un établissement stable en Espagne peut aussi apparaître lorsque la société agit en Espagne par l’intermédiaire d’un agent autorisé à contracter au nom et pour le compte du non-résident, et que cet agent exerce habituellement cette autorité. Le pouvoir de signature n’a pas toujours une forme spectaculaire. Dans un processus commercial moderne, le risque se trouve souvent dans la personne qui négocie les conditions finales, qui engage commercialement le groupe et dans le fait que l’approbation du siège soit une vraie revue ou une simple formalité.
Les sociétés étrangères doivent être particulièrement prudentes avec les postes de business development, country manager et ventes senior basés en Espagne. Le contrat de travail peut indiquer “aucun pouvoir d’engager la société”; les emails, le CRM et les attentes du client peuvent dire autre chose.
3. Chantiers, installations ou montages de plus de six mois
Le droit espagnol inclut expressément les travaux de construction, d’installation et de montage dont la durée dépasse six mois. Le calendrier compte, car un projet qui commence comme un déploiement limité peut devenir une présence fiscale par des prolongations, des avenants, des phases successives, des équipes de support ou la gestion de sous-traitants.
C’est particulièrement important pour l’ingénierie, l’énergie, les équipements industriels, les infrastructures, les aménagements hôteliers, la logistique, les télécommunications et les projets liés à l’immobilier. La revue doit commencer avant la mobilisation, pas lorsque le sixième mois est déjà visible dans le dossier.
La convention fiscale aide, mais ne remplace pas l’analyse
La définition espagnole interne est le point de départ. Ce n’est pas toujours le point d’arrivée. Lorsque la société étrangère réside dans un pays ayant une convention fiscale avec l’Espagne, la convention applicable peut réduire l’analyse de l’établissement stable. L’AEAT indique expressément qu’il faut consulter l’article de convention applicable et que les conventions espagnoles sont généralement fondées sur le modèle OCDE, même si la rédaction précise change selon le pays.
L’erreur pratique consiste à traiter “nous avons une convention” comme une conclusion. C’est seulement une instruction de lire la convention. Certaines conventions modifient la durée des chantiers. D’autres contiennent une rédaction spécifique sur l’agence. D’autres sont affectées par des protocoles ultérieurs ou des instruments anti-abus. Pour les groupes avec des structures américaines, britanniques, LATAM, du Golfe, suisses ou européennes, la revue de convention doit être liée au modèle opérationnel espagnol réel, pas seulement au nom du pays.
La convention n’est pas un bouclier cité à la fin. C’est un filtre juridique appliqué aux faits avant de structurer l’activité espagnole.
Checklist de risque selon le modèle espagnol
Le checklist suivant n’est pas un outil de notation. Il sert à identifier les situations dans lesquelles une société étrangère doit s’arrêter et prendre conseil avant que l’empreinte espagnole ne devienne difficile à corriger.
| Empreinte espagnole | Question principale | À vérifier avant d’agir |
|---|---|---|
| Salarié basé en Espagne | Le salarié exerce-t-il une activité génératrice de revenus ou une autorité depuis l’Espagne ? | Fiche de poste, pouvoirs de signature, conduite dans le CRM, structure d’emploi, permanence du bureau à domicile. |
| Agent commercial local | L’agent engage-t-il habituellement la société étrangère ou finalise-t-il des conditions essentielles ? | Contrat d’agence, négociations réelles, processus d’approbation, déclarations faites aux clients. |
| Coworking ou bureau | Le lieu est-il utilisé de manière continue ou habituelle pour l’activité de la société étrangère ? | Conditions d’accès, fréquence, signalétique, utilisation par le personnel, réunions clients, adresse sur les contrats. |
| Entrepôt ou stock en Espagne | L’entrepôt est-il un lieu fixe par lequel les ventes espagnoles sont exécutées ? | Propriété du stock, contrôle de la livraison, personnel, contrats logistiques, flux TVA. |
| Projet d’installation ou de construction | Les travaux dépasseront-ils six mois selon le droit interne espagnol ou le seuil de la convention ? | Calendrier, prolongations, sous-traitants, phases, contrôle du site, article conventionnel. |
| Location immobilière en Espagne | S’agit-il d’une location passive ou d’une activité organisée avec services de type hôtelier ou personnel ? | Services proposés, contrats de gestion, salariés, nettoyage/blanchisserie, modèle touristique. |
| Direction depuis l’Espagne | Des fonctions clés ou décisions effectives de direction sont-elles exercées depuis l’Espagne ? | Procès-verbaux, voyages des dirigeants, résidence des administrateurs, matrice de délégation, trace des décisions. |

Télétravailleurs, dirigeants et bureau à domicile
Le télétravail est le domaine dans lequel les sociétés documentent le moins bien le risque. Un salarié étranger travaillant depuis l’Espagne ne crée pas automatiquement un établissement stable. Le risque dépend de sa fonction, de son autorité, de sa permanence, des ressources utilisées et de son intégration au marché espagnol.
Un salarié back office travaillant temporairement depuis l’Espagne pour des opérations non espagnoles n’est pas comparable à un country manager senior installé durablement à Madrid, utilisant son domicile comme base stable, négociant des contrats clients espagnols et coordonnant la livraison locale. Le second dossier ressemble beaucoup plus à une présence commerciale espagnole.
Les administrateurs demandent une attention séparée. Une société étrangère dont les décisions stratégiques réelles sont de plus en plus prises depuis l’Espagne peut avoir des enjeux plus larges de résidence fiscale et de direction effective, en plus du risque d’établissement stable. Pour les familles patrimoniales, holdings, groupes dirigés par leurs fondateurs et entreprises LATAM dont les principaux s’installent en Espagne, la résidence personnelle du dirigeant, le lieu des réunions du conseil et la trace des décisions de la société doivent être revus ensemble.
Contrôles qui comptent souvent
- Matrice d’autorité. Qui peut signer, approuver les prix, accepter des amendements, engager des obligations de livraison et signer des lettres annexes ?
- Preuve côté client. Que pense le client espagnol que la personne basée en Espagne est autorisée à faire ?
- Faits liés au lieu de travail. Le bureau à domicile est-il occasionnel, ou un lieu stable utilisé pour l’activité de la société ?
- Trace de direction. Les décisions commerciales et financières importantes sont-elles réellement prises à l’étranger, ou seulement documentées à l’étranger après coup ?
Succursale, filiale ou établissement stable : ne confondez pas les étiquettes
Un établissement stable n’est pas une société espagnole. L’AEAT indique expressément qu’il n’a pas de personnalité juridique distincte du siège. C’est une présence fiscale espagnole de l’entité non résidente elle-même. C’est pourquoi la responsabilité, la comptabilité et les relations internes avec le siège doivent être traitées avec prudence.
Une succursale est une présence formellement enregistrée. Une filiale est une société séparée, généralement une SL ou une SA espagnole. Un établissement stable factuel peut naître sans que l’une ou l’autre de ces structures soit correctement enregistrée. C’est le scénario le plus inconfortable : la société étrangère exerce une activité en Espagne sans véhicule clair, mais les faits montrent déjà une présence imposable espagnole.
Dans certains cas, une filiale espagnole est la meilleure structure parce qu’elle fixe plus clairement le périmètre opérationnel, les contrats espagnols, la comptabilité locale, la paie, la gouvernance et l’immatriculation fiscale. Cela n’élimine pas les prix de transfert ni les questions de contrôle de groupe, mais c’est souvent plus défendable que de prétendre qu’une activité espagnole mature reste une activité étrangère occasionnelle. Pour les groupes arrivés à ce stade, la décision doit être coordonnée avec la comptabilité mensuelle et la conformité fiscale en Espagne dès le départ, pas après la première lettre de l’administration fiscale espagnole.
La mauvaise structure n’est pas toujours celle qui paie le plus d’impôt. C’est souvent celle qui laisse les faits, les contrats et la comptabilité raconter trois histoires différentes.
Conséquences fiscales si un établissement stable existe
Lorsqu’un établissement stable existe en Espagne, la société n’est plus traitée comme un contribuable étranger percevant des revenus espagnols isolés. L’établissement stable est imposé sur les revenus qui lui sont attribuables, et la base imposable est généralement déterminée selon le système de l’impôt sur les sociétés, avec des règles spéciales pour les relations avec le siège et les entités liées.
L’AEAT résume les principales conséquences : les établissements stables espagnols sont imposés sur tout le revenu attribuable à l’établissement, quel que soit le lieu d’obtention; ils doivent tenir une comptabilité séparée; ils doivent respecter les obligations déclaratives et comptables applicables aux contribuables de l’impôt sur les sociétés; et les règles de parties liées s’appliquent aux opérations avec le siège, d’autres établissements stables et les personnes liées.
| Domaine | Conséquence pratique |
|---|---|
| Base imposable | Déterminée largement selon les principes de l’impôt sur les sociétés, avec des règles spécifiques pour les paiements au siège et les frais généraux d’administration. |
| Prix de transfert | Les opérations avec le siège, d’autres établissements stables et les parties liées doivent respecter les règles de parties liées. |
| Déclarations | L’établissement stable dépose généralement le modèle 200, utilise le modèle 206 pour le paiement ou le remboursement, et peut avoir des paiements fractionnés via le modèle 202. |
| Taux d’imposition | Pour les périodes fiscales ouvertes à compter du 1er janvier 2015, le taux de l’impôt sur les sociétés applicable s’applique. Le taux général est de 25%. |
| Représentant | Les contribuables non UE et certains non EEE ayant des revenus espagnols par établissement stable peuvent devoir désigner un représentant fiscal auprès de l’administration espagnole. |
| Impôt complémentaire | Les transferts de revenus de l’établissement stable vers l’étranger peuvent déclencher une imposition complémentaire, sous réserve des exceptions UE et conventionnelles. |
Le point comptable est souvent sous-estimé. Un dossier d’établissement stable est difficile à défendre si l’activité espagnole n’a jamais été suivie séparément. Les management fees, l’assistance technique, les intérêts, commissions et coûts partagés doivent reposer sur une méthode d’allocation défendable. L’article 18 de la loi espagnole sur l’impôt des non-résidents restreint certains paiements au siège et exige des critères rationnels et continus pour déduire les frais de direction et les frais généraux d’administration.
Autrement dit, le sujet n’est pas seulement une immatriculation. C’est aussi une fonction financière. Si la présence espagnole est assez réelle pour être imposée, elle doit être assez réelle pour être mesurée.
L’établissement fixe de TVA suit un test différent
L’établissement stable en fiscalité directe et l’établissement fixe en TVA sont liés dans le vocabulaire des affaires, mais ce ne sont pas les mêmes tests juridiques. Le règlement d’exécution UE 282/2011 définit l’établissement fixe de TVA, pour les besoins de l’article 44 sur le lieu de prestation, par référence à un degré suffisant de permanence et à une structure appropriée en termes de moyens humains et techniques permettant à l’établissement de recevoir et d’utiliser des services pour ses propres besoins. Le même règlement précise qu’un numéro d’identification TVA ne suffit pas, à lui seul, à créer un établissement fixe.
Cette distinction compte lorsqu’une société étrangère s’immatricule à la TVA espagnole, stocke des biens en Espagne, reçoit des services B2B espagnols, utilise une infrastructure locale ou s’appuie sur des sociétés du groupe pour des activités espagnoles. Le traitement des factures, l’autoliquidation et la conclusion sur le lieu de prestation peuvent être erronés même lorsque la conclusion en fiscalité directe est correcte.
Pour les groupes complexes, la revue TVA doit répondre séparément à trois questions :
- Ressources. La société dispose-t-elle de moyens humains et techniques en Espagne, directement ou via des accords qui lui donnent un accès pratique ?
- Utilisation des services. Les services sont-ils reçus et utilisés par un établissement espagnol pour ses propres besoins, ou par le siège à l’étranger ?
- Preuve de facturation. Les contrats, bons de commande, numéros de TVA, adresses et flux de paiement pointent-ils vers l’Espagne ou vers le siège étranger ?

Immobilier espagnol et activité locative
L’immobilier crée ses propres pièges. L’AEAT indique qu’en général, une personne non résidente qui loue un bien immobilier en Espagne n’est pas considérée comme opérant par établissement stable du seul fait de la location. C’est un point de départ important pour les investisseurs.
Mais la réponse change lorsque l’activité locative devient une activité économique organisée avec des services de type hôtelier ou du personnel. L’AEAT identifie un risque d’établissement stable lorsque le propriétaire loue directement le bien et fournit des services additionnels ou complémentaires typiques de l’hôtellerie, comme la restauration, le nettoyage, la blanchisserie ou des services similaires, y compris lorsque ces services sont sous-traités. Elle identifie aussi un risque lorsqu’au moins un salarié à temps plein est utilisé en Espagne pour gérer l’activité.
Cette distinction concerne les family offices, sociétés immobilières étrangères, modèles d’appartements avec services, locations de luxe et groupes immobiliers qui ne détiennent pas simplement des actifs de façon passive. Si l’immobilier espagnol fait partie d’un plan plus large de relocalisation ou d’investissement, il doit être revu avec la structuration fiscale et sociétaire, pas seulement avec le processus d’achat.
Une revue pratique avant d’entrer en Espagne
Avant qu’une société étrangère ne se développe en Espagne, la revue de l’établissement stable doit être construite autour des preuves. Le meilleur moment est avant l’arrivée du premier salarié basé en Espagne, avant que l’agent local ne commence à négocier, avant la signature du contrat d’entrepôt et avant la mobilisation de l’équipe projet.
Documents à mettre sur la table
- Organigramme du groupe. Société mère, filiales, succursales, actionnaires, administrateurs et lignes de management.
- Carte opérationnelle espagnole. Personnes, lieux, fournisseurs, entrepôts, contractants, sites clients et actifs en Espagne.
- Matrice d’autorité. Qui négocie, qui approuve, qui signe et qui peut modifier les conditions commerciales.
- Calendrier du projet. Dates de début, dates de fin prévues, prolongations, phases et intervention de sous-traitants.
- Immatriculations fiscales et factures. Numéros de TVA, contrats clients, factures fournisseurs, circuits de paiement et codes comptables.
- Position conventionnelle. Pays de résidence, convention fiscale applicable et protocole ou règle anti-abus pertinente.
Conclusions possibles
Une bonne revue ne se termine pas toujours par “enregistrer un établissement stable”. Parfois, la conclusion est que la société peut vendre vers l’Espagne avec des contrôles plus stricts : pas d’autorité de signature espagnole, pas de lieu fixe, pas de stock espagnol et une direction étrangère claire. Parfois, la conclusion est qu’un établissement stable existe et doit être régularisé. Parfois, la solution la plus propre est une filiale espagnole ou une succursale formelle, parce que l’activité espagnole est devenue opérationnellement permanente.
L’objectif est de choisir consciemment. Le pire dossier est celui dans lequel une société étrangère a déjà construit une activité espagnole mais a laissé sa position juridique et fiscale implicite au lieu de la documenter.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un établissement stable en Espagne ?
Aux fins de l’impôt espagnol des non-résidents, un établissement stable existe généralement lorsqu’une société non résidente dispose en Espagne d’installations ou de lieux de travail de manière continue ou habituelle, où tout ou partie de son activité est réalisée, ou lorsqu’elle agit en Espagne par l’intermédiaire d’un agent autorisé à contracter au nom et pour le compte du non-résident et que cet agent exerce habituellement ces pouvoirs. La loi espagnole cite aussi des exemples comme les sièges de direction, succursales, bureaux, usines, ateliers, entrepôts, magasins et travaux de construction, d’installation ou de montage de plus de six mois.
Un seul salarié en Espagne crée-t-il automatiquement un établissement stable ?
Non, pas automatiquement. L’analyse dépend de la fonction du salarié, de son autorité, de sa permanence et de la façon dont la société utilise les ressources espagnoles. Un salarié de support temporaire n’est pas comparable à une personne senior basée en Espagne qui négocie, conclut ou pilote matériellement des contrats clients espagnols. Le contrat de travail, la conduite réelle et la preuve côté client comptent tous.
Une filiale espagnole est-elle automatiquement un établissement stable de la société mère étrangère ?
Non. Une filiale espagnole a normalement sa propre personnalité juridique et n’est pas automatiquement un établissement stable de sa société mère étrangère. Le risque d’établissement stable en fiscalité directe est plus probable si les faits montrent que la filiale ou le personnel local concluent habituellement des contrats pour la société mère, agissent comme agent dépendant ou mettent des locaux ou fonctions espagnols à disposition de sorte que la société mère exerce effectivement une activité en Espagne. L’analyse de l’établissement fixe de TVA est séparée et doit être revue selon les règles TVA de l’UE lorsque les moyens humains et techniques sont pertinents.
L’établissement fixe de TVA est-il le même que l’établissement stable fiscal ?
Non. L’établissement fixe de TVA est un concept TVA de l’UE centré sur une permanence suffisante et des moyens humains et techniques permettant de recevoir ou de fournir des services. L’établissement stable en fiscalité directe est apprécié selon la loi espagnole sur l’impôt des non-résidents et la convention applicable. Un numéro de TVA espagnol ne suffit pas à créer un établissement fixe de TVA, mais l’immatriculation TVA doit tout de même déclencher une revue attentive des ressources espagnoles et des flux de facturation.
Que se passe-t-il si l’AEAT considère qu’une société étrangère a un établissement stable en Espagne ?
La société peut devoir s’immatriculer, déposer des déclarations comme contribuable non résident avec établissement stable, tenir une comptabilité séparée, attribuer les revenus et charges à l’établissement stable espagnol, appliquer les règles de parties liées aux relations avec le siège, effectuer des paiements fractionnés, désigner un représentant lorsque c’est obligatoire et corriger les positions TVA ou retenues. Des intérêts et sanctions peuvent aussi apparaître selon les faits et le moment de régularisation.
Conclusion : concevez l’empreinte espagnole avant qu’elle ne se dessine seule
Le risque d’établissement stable en Espagne ne se règle pas en évitant le mot “succursale” ou en retardant la constitution d’une société. Le droit fiscal espagnol regarde l’activité exercée en Espagne, l’autorité exercée en Espagne, les lieux et ressources utilisés en Espagne et le revenu attribuable à cette activité.
Pour une société étrangère, la bonne réponse peut être un modèle documenté sans établissement stable, un établissement stable formel, une succursale ou une filiale espagnole. Elle dépend des faits, de la convention, de la TVA et du besoin commercial de crédibilité en Espagne. Une revue avant l’expansion coûte généralement moins cher qu’une régularisation après que l’administration fiscale a reconstitué la présence espagnole à partir des contrats, emails, factures et flux bancaires.
Avertissement juridique. Cet article est fourni uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Chaque dossier dépend de faits et circonstances spécifiques qui peuvent modifier le résultat. Legal Fournier recommande d’obtenir un accompagnement juridique professionnel avant d’agir sur la base de ces informations.



